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Auteurs et éditeurs : 6 éléments concrets que l’intelligence artificielle va changer pour vous

L’intelligence artificielle (IA) touche petit à petit tous les secteurs, et l’édition, l’écriture et la vie d’auteur ne sont  pas épargnés.

Ces dernières années ont déjà vu naître bon nombre d’innovations : impression à la demande, livre numérique, audiobooks en streaming … l’intelligence artificielle va beaucoup plus loin que ces innovations et transforme totalement nos pratiques d’auteurs et d’éditeurs.

Dans cet article, je vous présente comment l’intelligence artificielle va transformer le métier d’auteur, celui d’éditeur, et celui d’auto-éditeur.

Voici les grands points que nous allons voir ensemble :

  • Certains textes seront écrits entièrement par des machines (guides pratiques, non-fiction, articles courts)
  • Les traductions seront entièrement réalisées, avec qualité, par une IA
  • Les livres audios seront enregistrés par des voix de synthèse, de qualité
  • L’IA va augmenter le nombre de livres parus (produits) de manière exponentielle
  • L’impression à la demande (POD) sera encore plus performante grâce aux algorithmes
  • Les règles et lois sur le droit d’auteur seront soumises à rude épreuve, puisque le contenu des livres sera partagé et ré-utiliser pour entrainer les algorithmes

 

1.     Certains textes seront écrits entièrement par des machines (guides pratiques, non-fiction, articles courts)

Certains journalistes utilisent dès aujourd’hui des logiciels permettant de synthétiser l’information, et de fournir des résumés sur des évènements récurrents (match de football, météo, actualité financière).

Et les journalistes y voient d’abord un outil pratique, plus qu’une machine qui va les remplacer. L’IA ne remplace pas, pas plus que le piano ne remplace le pianiste. L’IA devient le stylo, et le journaliste est plus qu’un journaliste. Il en va de même pour l’écrivain, appelé à être plus qu’un écrivain.

Qu’une machine écrive entièrement un roman, passionnant et bien écrit, nous n’y sommes certainement pas. Le chemin est encore long, si tant est que cela soit un jour possible de remplacer l’art par une machine.

En revanche, les auteurs de contenus pratiques, type non fiction, pourront totalement se passer de taper sur le clavier

Et d’autre part, les auteurs de littérature seront « augmentés », pour reprendre les codes du monde du big data.

Vous ne verrez pas l’intelligence artificielle et le machine learning s’emparer des arts créatifs bientôt. Harvard Business Review a publié un excellent post “Why AI can’t write this article (yet)” (“Pourquoi l’IA ne peut pas (encore) écrire cet article”). L’auteur y parle de Roger Schank, chercheur et professeur, qui pense qu’un ordinateur devrait être capable d’identifier l’intrigue de Roméo et Juliette après avoir vu le film West Side Story. Schank postule que “les histoires sont essentielles à l’intelligence, au raisonnement et au sens”. Comme l’intelligence artificielle ne peut pas délimiter les histoires, elle a encore beaucoup de chemin à parcourir avant d’atteindre la véritable intelligence.

Ce qui manque à l’IA, c’est l’art du récit ou de la narration. Nous, les humains, sommes des créatures émotionnelles. Les écrivains font appel à la peur, à la joie, à l’amour, à la persuasion, à la colère et à une foule d’autres émotions humaines lorsqu’ils créent du contenu. Et les écrivains de toutes les formes comprennent que la narration est importante parce qu’elle aide les autres à se souvenir de ce que nous leur racontons.

Les humains sont en relation les uns avec les autres à travers les histoires. Chaque élément de contenu créé à des fins de vente, pour une marque aussi par exemple, vise à établir des relations avec les clients, et la narration d’histoires est le facteur clé.

Vous seul pouvez créer une histoire unique et puissante basée sur vos expériences. L’intelligence artificielle ne peut rivaliser avec le cerveau humain pour la narration d’histoires. Pour l’instant. Peut-être qu’un jour dans le futur, quelqu’un enseignera l’empathie informatique, mais jusqu’à ce jour, le monde aura encore besoin d’écrivains pour atteindre les gens avec des mots.

 

2.  Les traductions seront entièrement réalisées, avec qualité, par une IA

En 2018, au salon du livre de Pékin, un robot (Youdao)  a traduit en 30 secondes un livre de l’anglais au mandarin. Puis un traducteur humain a repris et corrigé le livre pour en faire un ouvrage de qualité, en une semaine. En comparaison, un traducteur humain aurait facturé 6 mois de travail pour traduire ce livre à la main.

Voilà encore un exemple de technologie qui aide l’homme à aller plus vite.

Cet essai unique devient chaque jour plus abordable et sera le lot commun des éditeurs et de certains auteurs indépendants demain.  Vous avez du mal à y croire ? Lisez cet exemple concret.

Une conséquence directe sera la hausse exponentielle du nombre de livres disponibles. Si tous les livres peuvent être traduits et diffusés dans d’autres langues, les places de marché de livre vont être saturées. Les grands gagnants seront bien sûr les lecteurs et l’accès au savoir.

 

 

3. Les livres audios seront enregistrés par des voix de synthèse, de qualité

Créer un livre audio ou transcrire son livre sous forme d’audiobook est encore une tâche longue et coûteuse. Il faut du matériel (micro, studio, logiciel de montage), une bonne voix et du temps.

Plusieurs start-ups américaines prennent le chemin de l’audio automatisé et de synthèse, en cherchant à transformer des textes en podcast ou livres audios. La voix n’est pas encore de grande qualité (notamment dans les intonations) et le texte est un peu haché, mais il ne fait aucun doute que la technologie va s’améliorer.

Bien sûr, cela ne remplacera pas des voix d’acteurs, et le récit passionnant lu par des voix hors du commun. Mais la différence de coûts sera telle, que beaucoup d’éditeurs se tourneront vers des voix de synthèse pour des livres de niche, ou des guides pratiques.

Il y aura le luxe, le plaisir, avec des voix authentiques, et le pratique, la consommation immédiate, avec des voix de synthèse.

 

4. L’IA va augmenter le nombre de livres parus (produits) de manière exponentielle

In fine, ces technologies auront toutes pour résultat l’augmentation du nombre de livres produits.

Que ce soit en traduction, en livres audios, ou en livres écrits nativement, le volume de livres produits et de dépôts à la BNF connaîtra une croissance très importante.

Il suffit pour s’en convaincre de voir avec quelle facilité l’éditeur Springer a publié un livre scientifique issu d’IA.

Les lecteurs trouveront plus facilement des textes et contenus qui se rapprochent de ce qu’ils cherchent exactement. Les algorithmes de « matching », comme pour les rencontres en ligne, et de recommandation seront plus performants.

 

5. L’impression à la demande (POD) sera encore plus performante grâce aux algorithmes

L’intelligence artificielle ne va absolument pas à l’encontre du papier. Le papier conservera tout son intérêt, pour l’expérience de lecture.

Certains éditeurs n’optimisent pas encore suffisamment leur chaine d’impression et produisent encore de nombreux retours, qui terminent au pilon. Les algorithmes rendront ces processus mieux rôdés, et plus économiques et écologiques.

L’impression à la demande est la meilleure solution pour améliorer l’impression. Si l’impression à la demande est aujourd’hui coûteuse, c’est essentiellement à cause des coûts de transports. Les tarifs d’impression peuvent être réduits par des imprimeurs ayant beaucoup de volumes globaux.

 

6. Les règles et lois sur le droit d’auteur seront soumises à rude épreuve, puisque le contenu des livres sera partagé et ré-utiliser pour entrainer les algorithmes

Pour créer automatiquement des textes, comme des films ou de la musique, les algorithmes  ont besoin d’apprendre, en lisant ou visionnant d’autres œuvres. C’est le principe du machine learning : apprendre sur des cas réels pour créer de nouveaux produits.

Ainsi, pour créer un livre, un algorithme aura besoin d’en lire et d’en analyser des milliers. Ce qui implique nécessairement de lire, ou de parcourir les milliers de livres, acquis ou rendus accessibles par internet.

Comment sont gérés les droits d’auteurs dans ces situations ?

Par exemple, si un algorithme s’entraine à écrire comme Joël Dicker, et produit un livre qui en a tous les atours, mais qui n’est pas écrit par lui, que dira l’auteur ? Plagiat ? Inspiration ?

Et qui sera l’auteur de ce texte ? L’intelligence artificielle aura-t-elle un copyright ?

Rien n’est écrit dans la loi sur cette thématique.

 

Chers auteurs et éditeurs, vous le voyez, beaucoup de possibilités, d’idées et d’opportunités, qu’il s’agit de circonscrire, de maîtriser et d’appréhender.