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État des lieux de l’industrie du livre Afrique [Étude complète]

Le livre est de loin le support culturel le plus répandu à l’échelle mondiale. Son
existence mène à préserver et partager les connaissances culturelles d’un pays à un autre,
à travers les civilisations. Le livre a une place capitale dans l’éducation et un moyen de
développement culturel d’une nation.

Dans les pays développés comme l’Europe, l’industrie du livre prend une ampleur
conséquente sur la qualité et la production. Du côté de l’Afrique, l’influence du livre sur les
domaines pédagogiques et culturels est mineure.

L’industrie du livre dans le continent d’Afrique avance à son propre rythme. Voyons cela en détail grâce à cet article où vous découvrirez :

  • Les évolutions récentes du livre en Afrique

  • Les difficultés rencontrées par l’industrie du livre sur le continent

  • Nos hypothèses pour l’avenir du livre en Afrique

Les évolutions récentes de l’industrie du livre en Afrique

En dépit d’une progression lente, on peut reconnaître que les maisons d’édition en Afrique
franchissent des pas vers l’avant importants. Parmi les maisons d’édition, les éditeurs et les
auteurs, quelques uns se démarquent des autres, jusqu’à se faire une place sur le marché
international.
Les maisons d’édition de livres se trouvent dans plus de 50 pays de l’Afrique. Il a été constaté
que près de 2/3 des étudiants francophones se situent dans ce continent, ce qui favorise les
industries du livre. De plus, l’Afrique désigne 2% de la commercialisation de livres en langue
française. Ce chiffre dépasse des pays Européens tels que le Québec ou la Suisse
Romande.

Des maisons d’éditions internationales

L’évolution du livre en Afrique est reflétée à travers des maisons d’édition remarquables
telles que « Elyzad » dont le siège se trouve en Tunisie, « Amalion » situé au Sénégal et «
Barzakh » basé en Algérie. Depuis ces 5 dernières années, le secteur éditorial africain
conquérit de plus en plus le marché du livre de l’Europe. C’est le cas de l’édition « Cassava
Republic Press ». D’origine Nigérienne, cette maison d’édition possède un siège éditorial à
Londres depuis 2016. Son activité a permis de reconnaître de grands auteurs de l’Afrique
tels que Yamen Manaï et Kaouther Adimi.
Etre parmi les meilleures maisons d’édition africaines est sans doute d’une part, grâce aux
talents des auteurs africains. Comme Kamel Daoud, le nigérien auteur du roman «
Meursault contre-enquête », de la prestigieuse édition Barzah, a remporté le titre du
Goncourt de premier roman en 2015. Ce roman lui a aussi amené à mériter le prix littéraire
François-Mauriac par l’Académie Française, ainsi que le prix des cinq continents de
l’Organisation Internationale de la Francophonie.

Il existe également d’autres auteurs remarquables qui se sont démarqués des autres. Des
grands écrivains ont mis en avant les compétences des auteurs du continent africain. Dans
la zone de l’Afrique subsaharienne se trouve quelques agents éditoriaux authentiques
comme Aliou Sow, un éditeur renommé, dirigeant de la maison d’édition « Ganndal ». Son
activité est favorisée grâce aux partenariats avec plusieurs maisons d’édition renommées
dans le continent d’Afrique et en Europe.

Le livre numérique, l’audio et l’auto-édition en Afrique

Certaines maisons d’édition africaines arrivent à implanter le numérique et l’audio pour
diversifier leurs moyens de distribution de livre.
L’une des plus connues est la plateforme en ligne qui rassemble des milliers de catalogues
électroniques d’auteurs africains et étrangers. Il s’agit de « Talking Bookz », une compagnie
africaine située à Nigéria, qui vise à atteindre un très grand nombre des lecteurs locaux.
Il existe également des maisons d’édition qui se lancent à la fois dans la numérisation et
l’impression éditoriale. Celle qui vend la version papier et électronique de ses livres à travers
le monde, retrouvée dans 24 pays africains est la plus populaire dans le continent : Il s’agit
de l’édition « African Books Collective ». Elle est l’une des plus grandes maisons éditoriales
de l’Afrique, créée depuis 1985. Elle dispose actuellement de plus de 2500 titres en version
imprimés et environ 800 catalogues disponible en ligne.

Quant au format audio, il peut être des livres écrits convertis ou des conversations
enregistrées. Pour le cas de l’entreprise « Badilisha Poetry X Change », la majorité de ses
livres audios concernent les faits traditionnels et l’histoire de la culture africaine. Et en ce qui
concerne la conversion des livres numérisés, les auteurs sont redirigés vers un prestataire
compétent tel que « AudioShelf ». Celui-ci peut offrir la version audio du texte demandé.
Dans le cadre de l’auto-édition, des entreprises africaines sont disponibles pour réaliser la
conversion et l’édition de texte selon la demande de l’auteur. En guise d’exemple, Publiseer
est l’un des entreprises d’auto-édition qui mène l’industrie du livre vers l’évolution. Fondée
en 2017 par des nigériens, Publiseer est classé parmi les plus prestigieux éditeurs africains.
Il est certain que l’industrie du livre en Afrique évolue grâce au succès du secteur éditorial.
Néanmoins, des points faibles sont bels et bien présentes. Ils sont tous aussi conséquents
les uns que les autres.

 

Les difficultés de l’industrie du livre en Afrique

Se hisser dans la course du marché nationale et internationale n’est pas une chose simple
pour l’Afrique. Ce continent rencontre bien des obstacles qui lui privent l’épanouissement de
la majorité de ses industries de livre.

Influence médiocre du livre en Afrique

Il est constaté que dans les pays africains, les livres locaux sont largement coûteux
comparés à la situation financière de la population. En tant que premiers cibles, les clients
locaux ne sont pas convaincus par le prix imposant d’un livre.
Cela est notamment constaté dans l’une des zones de l’Afrique du Nord. Plus précisément au
Maroc, le prix d’un livre imprimé arrive en moyenne jusqu’à 7 € (72 Dirhams). Quant aux
livres « Made in France », les prix sont exorbitants. Le tarif d’un exemplaire en provenance
de France est vendu au même coût de 1/10ème de la rémunération minimale, c’est-à-dire à
20 € l’unité (250 Dirhams).
Pour les éditeurs, le coût d’un livre est censé rapporter du profit même s’il ne convient pas
au pouvoir d’achat de la population africaine. Cela s’explique car la gestion et la production
de livre dans ce continent requiert une grosse somme d’argent. Les éditeurs préfèrent confier
les tâches de la production à un fournisseur étranger afin d’obtenir un rendu de qualité. En
effet, les fournitures locales ne sont pas suffisantes. Pour les grandes maisons éditoriales, il
est préférable de dépenser plus que d’investir dans une réalisation de mauvaise qualité.

D’ailleurs, les livres locaux ne sont pas assez favorisés. La majorité des livres importés
sont très abordables et sont donc facilement accessibles au pouvoir d’achat. A cet effet,
l’industrie du livre africain est devancée par celle de l’étranger sur le marché national dans la plupart des pays d’Afrique, ce qui est un problème à résoudre.

 

Un manque d’appui du secteur éditorial

Les auteurs locaux

Le manque d’information, de soutien pédagogique, de fourniture et d’assistance sur la matière freinent les capacités de la plupart des auteurs. Très peu arrivent à tirer profit de leur travail.
La démarche vers la production de livre sur papier n’étant pas simplifiée, l’éditeur se doit de
suivre la méthode habituelle au coût surélevé. Plusieurs agents éditoriaux rencontrent le
même litige. Publier un livre sur papier de qualité n’est pas dans les moyens de tous,
notamment ceux qui sont à faibles revenus.

Les auteurs africains se renseignent en majorité sur des blogs ou sites français, édités en France. L’information d’origine africaine est encore faible.

Le droit d’auteur

La loi du « droit d’auteur » en Afrique est souvent prise à la légère. Sa signification semble être
incomprise que la plupart des auteurs ne prennent pas compte des clauses qui entourent le
secteur éditorial. Cela est constaté lorsque les auteurs acceptent des contrats abusifs avec
des maisons d’édition étrangères. Il arrive que des écrivains africains s’engagent sans faire
attention aux conditions de travail imposées.
Le manque de pouvoir du « droit d’auteur » dans les pays africains mènent également à
d’autres faits conséquents. Les auteurs ne sont pas à l’abri des pillages d’oeuvres éditoriales. Sans la protection du droit d’auteur, un écrivain risque de se faire voler ses
éditions sans pouvoir se défendre correctement.
Par ailleurs, des auteurs africains osent passer à travers la ligne rouge sans être conscients
des conséquences : La réalisation d’ouvrages copieux sans approbation. Un tel geste est
particulièrement gênant que cela défavorise l’image des éditeurs locaux vis-à-vis des
concurrents étrangers.

Un vrai chantier est nécessaire sur ce sujet.

Manque de flexibilité éditoriale

Dans certains pays africains, la valeur de la culture locale influence les oeuvres éditoriales
au point de ne convenir qu’à une cible très limité. Certaines maisons d’éditions africaines sont
focalisées sur la représentation de la culture et des méthodes pédagogiques locales. Dans
de telles conditions, les livres locaux sont invisibles sur le marché international (La langue, le
sujet,….).

Numérisation éditoriale non favorisée

Influencé par la valeur du livre imprimé, une grande partie des auteurs sous-estiment la
numérisation de leurs livres. Persuadés que les livres imprimés rapporteraient plus que les
catalogues en ligne, la négligence des écrivains africains peut mener à leurs pertes. Ils se
laissent entraîner dans des collaborations payés à des montants médiocres, inadaptés aux
conditions de travail qu’ils rapportent. Autrement dit, ils acceptent de se faire exploiter sans
réellement s’en rendre compte.
Quant à ceux conscients de l’enjeu de l’édition électronique, une autre problématique les
bloque : Le piratage. C’est un cas qui apporte beaucoup de doute pour les éditeurs africains
quand il s’agit de s’engager avec une plateforme en ligne étrangère. Dans le cas de la
maison d’édition camerounaise nommée « Presse Universitaires d’Afrique », envoyer des
catalogues numériques vers des librairies en ligne ou d’autres plateformes étrangères est un
risque à ne pas prendre afin d’éviter les usages frauduleux. Très active sur la
communication en ligne, cette grande maison d’édition préfère plutôt favoriser la publication
de livres imprimés.
D’ailleurs, en ce qui concerne les éditions sur le numérique, la plupart n’a pas la chance de
prendre profit de certains privilèges. Lorsqu’il s’agit d’envoyer les ouvrages sur certaines
plateformes numériques, comme sur Amazon, ceux qui sont à faible notoriété ne
bénéficient pas d’un appui qualifié pour suivre le flux commercial de leurs produits en ligne.
Ces éditeurs-là sont privés d’informations personnalisées sur les ventes de leurs livres en
version électronique.

 

Population non-sensibilisée

Le manque de sensibilisation implique qu’une grande partie de la population vive sans se
baigner dans le livre. Le pouvoir du livre en Afrique reste mineur aux yeux des citoyens africains : Les livres instructifs, les romans, les livres pour enfants et autres éditions locales
comptent des passionnés peu nombreux.

La lecture n’arrive pas à s’imposer dans la vie quotidienne de chaque individu, mis à part
dans le système éducatif, et ce en dépit du soutien de la coopération française. En effet,
cette dernière a contribué à l’expansion du livre africain depuis les années 90. La
coopération française aide le secteur éditorial africain dans la création de bibliothèques et
autres lieux de lecture, porte son appui sur l’association Afrilivres, offre des formations
pédagogiques et suivis des éditeurs, offre de livres étrangers au meilleur prix pour la
population africaine, etc.
Par ailleurs, la génération actuelle, influencée par la technologie et le numérique, ne
considère pas l’importance de la lecture sur papier. La vente d’appareil téléphonique
dépasse de loin la location et vente de livre, excepté les bandes dessinées, très appréciés
par les jeunes.

L’analphabétisme

Il en est de même pour ceux qui ne sont pas aptes à lire : les analphabètes. Cela concerne
surtout les pays en voie de développement dont le maigre soutien des programmes
d’éducation scolaire mène à une instruction insuffisante. Dans les zones les plus défavorisés
comme dans l’Afrique subsaharienne, les enfants ne bénéficient pas de scolarité conforme.
Le manque d’implication des autorités mènent au point que la majorité des habitants du
subsaharienne ne savent pas lire. Selon l’ISU, près de 20% des enfants entre 6 à 11 ans ne
connaissent pas l’école et 60% des adolescents sous la tranche d’âge de 15 à 17 ans ne
profitent pas ou plus de l’éducation scolaire.
En effet, les facteurs contre l’émergence de l’industrie de livre en Afrique sont bels et bien
importants. Ce continent possède toutefois une autre facette plus favorable qui pourrait
donner un futur à son secteur éditorial.

 

L’avenir du livre en l’Afrique

En dépit des divers défauts, l’Afrique possède des valeurs pour se défendre. Le secteur
éditorial peut se repentir s’il emploie les bonnes méthodes pour donner un « demain » à la
littérature du continent africain.

Le livre numérique

De plus en plus de monde sont fascinés par la lecture électronique et le « e-learning ».  Il peut s’agir de bande dessiné, de roman, de culture générale et d’éducation accessible en ligne. L’industrie du livre en Afrique
peut retrouver sa place sur le marché national et international grâce à la technologie. Avec
l’émergence de l’appareil mobile en Afrique, il est important de considérer les éditions en
ligne pour mieux toucher la population active.

Opter pour l’édition numérique est fortement conseillé par de nombreuses maisons
éditoriales étant donné les diverses avantages que cela apporte au continent Africain. C’est
une méthode moderne qui facilite la circulation du livre, appuyée par Nacéra Khiat, une
éditrice de la maison d’édition algérienne Sédia. Selon elle, l’avenir du livre de l’Afrique se
trouve dans le livre électronique. Elle souligne que le numérique est avantageux pour attirer
le maximum de lecteurs, dans la mesure où l’on peut toucher plus facilement et plus vite les
cibles dans n’importe quel zone grâce à leurs téléphones portables ou leurs tablettes.
Il est aussi à souligner que le format numérique est largement moins coûteux que les livres
sur papiers. En fait, les livres imprimés rapportent du bénéfice particulièrement aux
distributeurs sur lesquels ils peuvent gagner un pourcentage de commission chez les
librairies. Tandis que les éditions en ligne laissent plus de chance de gagner des profits.
Cassava Republic, une maison éditoriale de Nigéria profite de l’édition numérique par la
mise en place de sa filiale électronique nommée « Ankara Press ». En ligne, les livres de ce
filiale sont vendus en dessous de 3 Dollars pour l’accessibilité des divers lecteurs. De plus,
les catalogues vendus en version numérique épargnent des dépenses d’impression et
devient donc à la hauteur du pouvoir d’achat de la population africaine.
En dépit d’une crainte de piratage en ligne, plusieurs entreprises du livre se lancent dans la
version numérique. La maison d’édition « Al Arabi Publishing », par exemple, profite de la
technologie numérique pour élargir son succès éditorial. Située en Egypte, elle peut vendre
ses livres en dehors de la zone arabe grâce aux plateformes en ligne.
Parmi les maisons éditoriales se distinguent aussi certaines qui sont spécialisées dans la
vente de livre numérique, uniquement disponible en ligne. La « Nouvelles Éditions
Numériques Africaines » ou NENA est une compagnie d’une grande notoriété auprès des
lecteurs, qui a débuté avec des catalogues juridiques sous format CD-ROM depuis 2006.
Ensuite, elle a investi dans le lancement de ses livres numériques adaptés aux appareils
mobiles tels que la tablette et la liseuse (PDF,EPUB, XHTML). NENA s’est également lancé
dans la production de livre romancier et autres, dont certains sont édités par des auteurs de
l’Afrique.

L’essor de la plateforme YouScribe doit à ce titre être mentionné. Elle rend le livre numérique accessible à tous en Afrique, à travers les réseaux d’opérateurs téléphoniques (Orange en tête), et permet d’accroître la lecture.

L’éducation

La meilleure façon de valoriser le livre en l’Afrique est sans doute dans l’éducation. Des
moyens adaptés peuvent inciter la population à s’instruire dans la lecture et cela commence
par la scolarité.
En Afrique, l’éducation est en période critique. Selon l’UNESCO, environ 34 millions
d’enfants n’arrivent pas jusqu’au niveau d’étude primaire. Nombreux sont les jeunes qui ne
connaissent pas l’école jusqu’à devenir adulte. Les pays défavorisés sont les plus touchés
dans le continent africain.
Des simples méthodes de redressement ne sont pas suffisantes car en dépit de la présence
de l’éducation scolaire, des constatations révèlent qu’une partie des élèves ne sont pas au
niveau intellectuel exigé, voire en-dessous de la moyenne. L’insuffisance des moyens pédagogique, logistique, informatique en plus du manque de personnel éducatif décourage
les élèves dans leur parcours d’apprentissage.
Au stade universitaire, les filières proposées dans les instituts supérieurs manquent de choix
et d’adaptation à la société africaine. En plus du peu de candidats arrivés à ce
niveau d’étude, il est encore difficile de trouver un travail conforme.
L’Afrique montre toutefois qu’elle veut adapter le livre dans le secteur pédagogique
moderne. Car elle se rend compte que la lecture aide sa population à s’instruire d’avantage.
Dans ce cadre, des pays en voie de développement comme Kenya prennent des initiatives
pour améliorer la scolarité locale. Cet Etat a offert près de 1,2 millions de livres numériques,
disponibles en ligne pour les institutions publiques.

Politique de sensibilisation adaptée

La population a besoin de savoir que le livre est indispensable pour l’avenir du continent
africain. En dehors de l’éducation, des livres adaptés aux modes de vie des citoyens doivent
être sur les plans d’action des éditeurs afin d’obtenir tous les types de lecteurs de l’Afrique.
Que ce soit du livre imprimé ou en ligne, cela inclut la mise en place d’un système de
distribution public accessible à tous. Le livre doit se rapprocher de la population afin qu’il
devienne son quotidien.

Le livre doit s’imposer dans la vie des africains pour une meilleure instruction et de guide
vers le développement économique du continent. Il est important de revoir le système
éducatif en Afrique et mettre en place un programme d’alphabétisation simplifié pour inclure
toute la population; l’avenir de la génération suivante en dépend. Les États doivent
comprendre que le livre mène vers le futur de l’Afrique.